ANNEXE 1 : Classification analytique détaillée des identités patriarcales :

Si on se base sur le déclaratif et le fond des arguments apportés par un texte dans un discours ou une discussion sur les questions de genre, de féminisme ou de patriarcat sur les réseaux sociaux, on peut établir une classification des positions par rapport au patriarcat.

1/ Les Suprémacistes Patriarcaux

Caractéristique générale : adhésion explicite à la hiérarchie des sexes.

La domination masculine est considérée comme naturelle, biologique ou voulue par l’ordre social ou divin. Le féminisme est perçu comme une menace illégitime.

La supériorité masculine découle d'un fait biologique, génétique et d'une évolution naturelle. Les compétences du masculin le rendent compétent à l'exercice du pouvoir et à la domination. Le fait social découle du biologique et s'inscrit dans une anthropologie déterministe. Le féminisme est perçu comme une idéologie absurde et contrenature qui doit ouvertement être combattue. Revendication de droit sexuel sur les femmes.

Structure argumentative : naturalisation + hostilité explicite

Marqueurs typiques : « les hommes sont naturellement faits pour… » « les femmes doivent rester à leur place » « le féminisme détruit la civilisation » « les femmes doivent obéir / être dirigées » « droit sexuel / reproduction / soumission »

Rhétorique : biologie essentialiste violence verbale ou appel à la domination

Forme : misogynie forte et agressivité systématique pouvant aller jusqu'au meutres/attentats terroristes. Entrave aux droits reproductifs.

Exemples : MGTOW-INCEL Blackpill et Redpill radicaux, Proud Boys, Elliot Rodger, Daryush Valizadeh, Nathan Larson, Boris Le Lay, Steven Anderson, courants religieux ultra-patriarcaux (fondamentalismes), Nick Land

2/ Les Réactionnaires :

Caractéristique générale : opposition active aux transformations féministes contemporaines.

La hiérarchie n’est pas toujours revendiquée comme naturelle mais comme issue d’une tradition ou d’un ordre social éprouvé.

Ils sont opposés à un féminisme qu'ils décrivent comme radical et source d'excès. Les mouvements qu'ils dénoncent remettent en cause un ordre des genres traditionnel. Moins ancrés dans une domination "naturelle", ils se réclament d'une histoire et d'une tradition qui ont fait leurs preuves et que le féminisme perturbe. Ils ancrent dans la conjugalité et le patrilinéage.

Structure argumentative : tradition menacée

Marqueurs : « avant ça fonctionnait très bien » « le féminisme va trop loin » « on ne peut plus rien dire » « la masculinité est attaquée » « les valeurs traditionnelles »

Rhétorique : nostalgie défense de l’ordre social critique morale du féminisme

Forme : misogynie forte et agressivité verbale et symbolique. Banalisation des VSS

Exemples : MGTOW-INCEL Redpill, influenceurs Manosphère, Andrew Tate, Rollo Tomassi, Matt Walsh, Éric Zemmour, Mathieu Bock-Côté, Papacito, Thaïs d’Escufon, AD LAurent, Mathieu Bock‑Côté, Le Raptor, Papacito, La Manif pour tous, Abu Ibraheem Hussnayn, tradwives chrétiens, réseaux religieux conservateurs antiféministes, Rassemblement National, Reconquête!,

3/ Les Victimistes :

Caractéristique générale : renversement victimaire des rapports de domination[[9]].

Les hommes sont présentés comme les véritables victimes du système social, et le patriarcat comme une fiction ou une exagération féministe.

C'est une posture qui se veut critique sur l'évolution sociale vécue comme un . Par une symétrisation systématique des violences et des faits de la domination, ils relativisent la réalité vécue par les femmes. Elles auraient trop de pouvoir et le système serait une gynocratie invisible.

Structure argumentative : renversement victimaire

Marqueurs : « les hommes sont les vraies victimes » « les femmes ont tous les droits » « la gynocratie » « personne ne parle des hommes » « les hommes meurent plus / se suicident plus »

Rhétorique : symétrisation statistique dénonciation d’un biais médiatique accusation d’injustice envers les hommes

Forme : misogynie argumentative et posture victimaire. Encrage dans une logique complotiste, crise de la masculinité, communauté

Exemples : Men's Right Activist, Paul Elan, Warren Farell, protestantisme évangélique conservateur, Promise Keepers, Focus on the Family, Opus Dei, ManKind Project, Pascal Praud, Yann Moix,Assim Al-Hakeem, Judaïsme Orthodoxe Conservateur, Némésis, Nous Vivoons, SOS Papa, Jamais Sans Papa, Papa est le Loup, Pères en Colère

4/ Les Défensifs

Caractéristique générale : reconnaissance partielle des inégalités sans analyse structurelle.

Les problèmes sont interprétés comme des dérives individuelles ou contextuelles. Les différences entre sexes sont naturalisées ou justifiées par la tradition.

Les inégalités entre femmes et hommes sont reconnues, mais elles sont attribuées à des dérives individuelles ou à des contextes particuliers. Le patriarcat n’est pas envisagé comme un système social, mais plutôt comme un effet statistique ou le résultat d’opportunités individuelles. Les violences sont interprétées comme des comportements déviants, des maladresses ou des pathologies. Les différences entre les sexes sont perçues comme naturelles ou spirituelles, sans être explicitement hiérarchisées. Les rôles de genre sont généralement justifiés par la tradition.

Structure argumentative : reconnaissance minimale + neutralisation

Marqueurs : « il y a des problèmes mais… » « ce sont des cas individuels » « il ne faut pas généraliser » « il y a des hommes et des femmes différents » « c’est la nature humaine »

Rhétorique : moralisation refus du terme patriarcat explication par la nature ou la psychologie

Forme : forte moralisation du débat, critique modérée du féminisme, neutralisation des questions de genre, refus de logiques systémiques.

Exemples : Jordan Peterson, Douglas Murray, théologie des complémentarités homme/femme, Southern Baptist Theological Seminary, John Piper, Abd al-Rahman al-Sudais, François-Xavier Bellamy, Ron DeSantis, François-Xavier Bellamy, Alain Finkielkraut, Michel Onfray, Natacha Polony, Guillaume Bedos, Nino Arial, Les Républicains

5/ Les égalitaristes Libéraux

Caractéristique générale : adhésion au principe d’égalité dans un cadre individualiste.

Les inégalités sont expliquées par les choix individuels et les trajectoires personnelles plutôt que par des rapports de pouvoir structurels.

L’égalité entre femmes et hommes est affirmée comme principe, mais pensée avant tout dans un cadre individualiste. Les inégalités sont interprétées à travers un discours méritocratique : elles seraient liées aux choix, aux efforts ou aux trajectoires personnelles. Les rapports de pouvoir sont neutralisés au profit d’une vision abstraite de l’égalité des chances. Les analyses structurelles du patriarcat sont rejetées ou jugées excessives. Les progrès de l’égalité sont ainsi envisagés comme le résultat d’évolutions individuelles plutôt que de transformations systémiques. À la hiérarchie morale ou traditionnelle est préférée une division genrée de la société sur base de compétences.

Structure argumentative : égalité abstraite

Marqueurs : « je suis pour l’égalité » « chacun doit réussir selon son mérite » « il faut l’égalité des chances » « les choix individuels expliquent les écarts » « les quotas sont problématiques »

Rhétorique : individualisme méritocratie neutralisation des rapports de pouvoir

Forme :universalisation des rapports, hiérarchisation sociale basée sur le mérite, humanisme libéral, plafond de verre, égalité morale affirmée, discrimination positive, structure sociale minimisée.

Exemples : Steven Pinker, Christina Hoff Sommers (equity feminism), Camille Paglia, Claudia Goldin, Emmanuel Macron, Bruno Solo, Justin Trudeau, Gabriel Attal, Élisabeth Badinter, Raphaël Enthoven, Renaissance, Démocrates Américains

6/ Les Réflexifs

Caractéristique générale : reconnaissance du patriarcat comme structure sociale.

Les normes de genre et les privilèges associés font l’objet d’une analyse critique, souvent nourrie par les savoirs féministes.

Le patriarcat est reconnu comme une structure sociale qui organise les rapports entre les sexes. Les inégalités ne sont plus interprétées comme de simples effets individuels mais comme le produit de rapports de pouvoir historiquement construits. Les normes masculines font l’objet d’une analyse critique et les privilèges masculins deviennent un objet de réflexion. Cette position s’accompagne d’une attention aux savoirs féministes et d’une volonté de comprendre comment les socialisations et les institutions reproduisent ces rapports de domination.

Structure argumentative : lecture sociologique

Marqueurs : « c’est un système » « socialisation de genre » « normes masculines » « privilèges masculins » « construction sociale »

Rhétorique : explication sociologique nuance pédagogie

Forme : interrogation de la socialisation masculine, reconnaissance du patriarcat, analyse critique des normes masculines, diffusion des savoirs féministes, contre-discours face à la Manosphère.

Exemples : Michael Kimmel, Raewyn Connell, Jeff Hearn, Francis Dupuis-Déri, Éric Fassin, Ivan Jablonka, Victoire Tuaillon, Christine Delphy, Thomas Piet

7/ Les Alliés contre le Patriarcat

Caractéristique générale : engagement actif contre le sexisme.

Cette position implique une dénonciation publique du patriarcat et une participation aux mobilisations pour l’égalité.

Le patriarcat est reconnu comme un système de domination et fait l’objet d’une dénonciation publique. Cette position se traduit par un engagement actif contre le sexisme, à travers la participation aux mobilisations féministes et la prise de parole dans l’espace public. Les acteurs cherchent également à produire une forme de pédagogie politique : expliquer les mécanismes de domination, relayer les savoirs féministes et encourager une prise de conscience collective des rapports de pouvoir.

Structure argumentative : pédagogie + confrontation

Marqueurs : « le patriarcat produit ces violences » « il faut écouter les femmes » « il faut déconstruire la masculinité » « ce discours est masculiniste » « les hommes doivent agir »

Rhétorique : dénonciation publique pédagogie militante confrontation avec les discours antiféministes

Forme : pédagogie de pair-à-pair pour les hommes, posture hostile envers le patriarcat, dénonciation publique du sexisme, soutien aux initiatives féministes

Exemples : Ni Putes Ni Soumises, Nous Toutes, Le Planing Familial, La Barbe Jackson Katz, Tony Porter (A Call to Men), Francis Dupuis-Déri, Éric Fassin, Ivan Jablonka, Thomas Messias, Usul, Geoffroy de Lagasnerie, Thomas Piet, Rose Lamy

8/ Les Refondateurs

Caractéristique générale : projet de transformation structurelle des rapports de genre.

Le patriarcat est analysé comme un système institutionnel et culturel devant être profondément transformé, souvent dans une perspective intersectionnelle.

Le patriarcat est analysé comme une structure profondément inscrite dans les institutions, les normes sociales et les processus de socialisation. Cette position vise une transformation structurelle des rapports de genre, impliquant une critique systémique du patriarcat et une remise en question des institutions qui le reproduisent. L’analyse s’inscrit généralement dans une approche intersectionnelle attentive à l’articulation des rapports de pouvoir. Elle s’accompagne d’une réflexion sur la socialisation de genre et sur les conditions sociales nécessaires à une refondation durable des normes.

Structure argumentative : critique systémique

Marqueurs : « système patriarcal » « intersectionnalité » « structures de domination » « transformation des institutions » « déconstruction des normes de genre »

Rhétorique : analyse théorique critique institutionnelle projet de transformation sociale

Forme : activisme féministe, perspective post-patriarcale, critique systémique du patriarcat, transformation des institutions, encrage fort à gauche du spectre politique, convergence avec les luttes sociales et environnementales.

Exemples : bell hooks, Jeff Hearn, Angela Davis, Judith Butler, Raewyn Connell, Christine Delphy, Elsa Dorlin, Françoise Vergès, Paul B. Preciado, Virginie Despantes, Mark Fisher

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