12 affirmations sur le bodycount sans le nommer

Une série de 12 affirmations publiées par un compte Instagram prétendent « décrire ce qui se passe » dans la sexualité féminine. Le ton est factuel ; en réalité, ces maximes mélangent faits scientifiques, interprétations psychologisantes et jugements moraux implicites.

12 affirmations sur le bodycount sans le nommer

TL ; DR

Une série de 12 affirmations publiées par le compte Instagram @senseislim.official prétend « décrire ce qui se passe » dans la sexualité féminine. À première vue, le ton est factuel ; en réalité, ces maximes mélangent faits scientifiques, interprétations psychologisantes et jugements moraux implicites.

L'analyse montre que ces énoncés reposent sur plusieurs biais récurrents : biologisation simplifiée, essentialisation du féminin, double standard de genre, moralisation des pratiques sexuelles et naturalisation de normes sociales. Le discours suggère qu’une sexualité féminine « libre » ou « nombreuse » serait psychologiquement, affectivement ou même neurologiquement problématique, tandis que les normes traditionnelles apparaissent comme naturelles et incontestables.

Le but ici n’est pas de débunker chaque affirmation, mais de décortiquer le mécanisme argumentatif : ce qui est présenté comme scientifique légitime en réalité des normes sociales implicites et contribue à pathologiser l’autonomie sexuelle féminine.

Ces 12 maximes sont issues d'une publication produite par un coach en développement personnel sur instagram : @senseislim.official. La légende qui les accompagne précise :

Ce post ne dit pas quoi faire. Il dit ce qui se passe.
À chacune ensuite de choisir consciemment, au lieu de confondre liberté et déni.

Cette formulation installe d’emblée un cadrage discursif particulier : celui d’un propos présenté comme descriptif et factuel, tout en produisant implicitement une lecture normative de la sexualité féminine.

Le présent texte propose d’examiner cette série d’affirmations en les confrontant à l’état des connaissances scientifiques disponibles ainsi qu’aux apports des sciences sociales, notamment en études de genre et en analyse des discours médiatiques. L’objectif n’est pas seulement de vérifier la validité factuelle de chaque proposition, mais d’identifier les glissements fréquents entre données empiriques, interprétations psychologisantes et jugements moraux, ainsi que les effets de naturalisation produits par une biologisation simplifiée des comportements sexuels.

Il s’agit également de mettre en lumière les doubles standards genrés qui traversent ce type de discours et la manière dont certains registres — neuroscientifique, évolutionniste ou pseudo-psychologique — peuvent servir à légitimer des normes sociales préexistantes tout en les présentant comme objectivement fondées.

La démarche adoptée ne relève donc pas d’un simple fact-checking. Elle consiste plutôt à analyser le dispositif argumentatif lui-même : ce qu’il présuppose, ce qu’il rend visible ou invisible, et la nature des représentations sociales qu’il contribue à stabiliser. Autrement dit, il s’agit moins de débunker des affirmations isolées que de qualifier la logique discursive qui les organise.

Pour ce faire, chacune des douze affirmations sera examinée successivement, commentée et replacée dans son contexte théorique et empirique, afin d’en évaluer la cohérence, la rigueur et les implications sociales.

Première slide de la publication d'origine

La liste.

  1. Avoir plein de partenaires sexuelles pour une femme n'est pas libérateur : C'est neurotoxique.
  2. Chez la femme, le sexe déclenche des mécanismes biologiques puissants d'attachement: ocytocine, mémoire émotionnelle, empreinte affective.
  3. À chaque nouveau partenaire, le cerveau apprend à s'attacher puis se détacher. Répété trop souvent, ce mécanisme désensibilise le système d'attachement.
  4. Donc, plus de partenaires = plus de difficultés à créer un lien stable, sécurisé et profond.
  5. Avoir plein de coups d'un soir augmente donc l'évitement, la méfiance et l'hyper- indépendance affective. Exactement l'inverse de l'intimité.
  6. Plus les expériences sexuelles sont nombreuses et déconnectées, plus l'estime de soi dépend du regard extérieur, plus le besoin de validation augmente.
  7. C'est pour ça que beaucoup confondent désir, attention et valeur personnelle. Ce n'est pas de l'empowerment. C'est une adaptation défensive du système nerveux.
  8. Ce n'est pas du patriarcat. C'est de la biologie révolutionnaire : moins de bagage émotionnel = plus de capacité à co-construire.
  9. Le sexe devient sacré quand il est rare, choisi et aligné. Le reste n'est pas transgressif. C'est juste très coûteux à long terme.
  10. Un fait scientifique ne devient pas patriarcal parce qu'il dérange. Sinon, la gravité serait aussi une oppression quand elle te fait tomber.
  11. La biologie se fout des slogans féministes.
  12. Le corps féminin n'est pas un terrain neutre. Il mérite protection, respect et intention.

Top 5 des biais récurrents

  • Biologisation / scientisme 🧬
  • Normativité / moralisation ⚖️
  • Double standard genré 👩‍🦰
  • Essentialisation genrée / objectivation 🪇
  • Surinterprétation corrélation-causalité 🔗
# Maxime (abrégée) Biais récurrents
1 Plein de partenaires = neurotoxique 🧬 ⚖️ 👩‍🦰
2 Sexe = mécanismes d’attachement 🧬 🪇 👩‍🦰
3 Nouveau partenaire = désensibilisation du système d’attachement 🔗 ⚖️ 🧬
4 Plus de partenaires = moins de lien stable 🔗 ⚖️ 👩‍🦰
5 Coups d’un soir = évitement affectif ⚖️ 🧬 👩‍🦰
6 Nombre de partenaires = dépendance au regard extérieur ⚖️ 👩‍🦰
7 Confusion désir/attention = adaptation défensive 🧬 ⚖️
8 Biologie révolutionnaire vs patriarcat 🧬 ⚖️ 🪇
9 Sexe sacré = rare et choisi ⚖️ 🪇
10 Fait scientifique ≠ patriarcat 🔗 ⚖️
11 Biologie se fout des slogans féministes ⚖️ 🧬
12 Corps féminin mérite protection 🪇 ⚖️ 👩‍🦰

1/ Avoir plein de partenaires sexuelles pour une femme n'est pas libérateur : C'est neurotoxique.

« Neurotoxique », signifie qu’une substance endommage physiquement le système nerveux (alcool à haute dose, plomb, certaines drogues, etc.)[[1]]. Il n’existe aucun lien constaté entre une dégradation de l’intégrité physique du système nerveux et le nombre de partenaires sexuels.

Cette affirmation pathologise un comportement féminin et présente la sexualité comme symptôme d’un mal qui aurait des conséquences sur le corps biologique des concernées. L'affirmation est fausse, sauf à penser la chose métaphoriquement, mais dans ce cas, l'opposition entre libération et neurotoxicité semble incongrue.

2/ Chez la femme, le sexe déclenche des mécanismes biologiques puissants d'attachement: ocytocine, mémoire émotionnelle, empreinte affective.

L’ocytocine n’est ni spécifique aux femmes ni aux relations sexuelles. C’est une hormone liée à l’attachement social et aux interactions affectives en général ; on en produit aussi dans la pratique sportive, et les hommes en sécrètent aussi. Son effet n’est pas l’attachement amoureux en soi[[2]].

Pour qu’un rapport sexuel crée de l’attachement, chez un homme comme chez une femme, il faut surtout une attente relationnelle. On est ici face à un cas de biologisation du social et de scientisme[[3]].

La mémoire émotionnelle et l'empreinte affective sont des processus psychologiques qui ne se réduisent pas à une causalité biologique simple. Dans le contexte d'un individu désirant l'attachement, l'ocytocine pourrait favoriser un attachement, le rendre plus probable, mais le lien amoureux ne se limite pas à cela.

L'accent mis sur « la femme » dénote une analyse partiale qui stigmatise un groupe genré essentialisé en lui conférant mécanique biologique à part sans en justifier la singularité.

3/ À chaque nouveau partenaire, le cerveau apprend à s'attacher puis se détacher. Répété trop souvent, ce mécanisme désensibilise le système d'attachement.

Le système d’attachement humain est plastique et contextuel. Il n'est pas calibré sur le nombre de relations. Cette affirmation intuitive est non démontrée scientifiquement. Si le cerveau apprend à s'attacher et se détacher, il n'est pas prouvé que le système d'attachement soit désensibilisé pour autant.

On normalise ici des comportements sur une base morale en leur donnant un vernis scientifique par l’usage de mots-clés. Les constats mobilisés peuvent être neutres, mais leur mise en séquence tend à leur donner artificiellement une connotation négative.

4/ Donc, plus de partenaires = plus de difficultés à créer un lien stable, sécurisé et profond.

Certaines études sont parfois invoquées pour soutenir l’idée d’un lien entre nombre de partenaires et stabilité relationnelle [[4]]. Elles soulignent toutefois que les contextes sociaux [[5]] et culturels [[6]] sont bien plus déterminants, le nombre de partenaires passés n’expliquant pas, à lui seul, la qualité des relations futures.

Le vécu, les attentes et les désirs des individus pèsent davantage, tandis que le double standard moral, qui vise surtout les femmes, tend à disqualifier celleux qui font de ce critère un indicateur central.

5/ Avoir plein de coups d'un soir augmente donc l'évitement, la méfiance et l'hyper- indépendance affective. Exactement l'inverse de l'intimité.

Aucune causalité solide n’est démontrée entre relations sexuelles occasionnelles et évitement affectif. Certaines recherches suggèrent plutôt des causalités inversées : des individus déjà moins enclins à l’attachement stable peuvent privilégier des relations plus détachées. Ce type d’argument fonctionne comme un argument normatif : un jugement moral est reformulé dans un vocabulaire pseudo-psychologique qui lui confère un vernis scientifique. La mise en séquence d’éléments partiellement vrais tend ainsi à produire artificiellement l’idée d’un coût affectif perçu pour des relations sexuelles occasionnelles. Ce mécanisme contribue à disqualifier certaines pratiques, en particulier lorsqu’elles concernent la sexualité féminine.

6/ Plus les expériences sexuelles sont nombreuses et déconnectées, plus l'estime de soi dépend du regard extérieur, plus le besoin de validation augmente.

La « déconnexion émotionnelle » n’implique pas nécessairement une dépendance au regard extérieur. Il n’est pas non plus établi que le nombre ou le type de partenaires influence directement l’estime de soi ; c’est même souvent l’inverse qui se produit. Chez certaines personnes, multiplier les relations sexuelles peut renforcer l’assurance personnelle.

Le nombre de partenaires reste rarement un facteur déterminant isolé. On observe également l’effet d’un double standard genré, qui tend à pathologiser certaines pratiques sexuelles, en particulier féminines.

7/ C'est pour ça que beaucoup confondent désir, attention et valeur personnelle. Ce n'est pas de l'empowerment. C'est une adaptation défensive du système nerveux.

Une « adaptation défensive du système nerveux » relève davantage d’une interprétation psychologisante que d’un fait établi. Par le vocabulaire neuroscientifique mobilisé de façon métaphorique ou imprécise, l'argument tend à établir une position normative.

La confusion entre désir, attention et validation n’est ni spécifiquement genrée ni pathologique, et encore moins assimilable à une réaction défensive biologique.

Quant à l’empowerment, il ne constitue pas une grandeur mesurable biologiquement : le terme sert surtout, dans ce contexte, à délégitimer certaines formes de sexualité par une naturalisation des normes sexuelles genrées en confondant morale et biologie.

8/ Ce n'est pas du patriarcat. C'est de la biologie révolutionnaire : moins de bagage émotionnel = plus de capacité à co-construire. 

L’argument déplace le débat : du registre politique vers un registre biologique pour le clore. Ce qui relève de la nature tend à devenir difficilement contestable politiquement.

En naturalisant l’ordre social, ce discours efface la dimension historique et construite de la domination masculine. Cet effet discursif mobilise la biologie pour expliquer le patriarcat et, par là même, tend à le légitimer. Parler de « biologie révolutionnaire » revient à naturaliser une position morale et sociale. Dire d'un phénomène qu'il est naturel, c'est lui retirer sa portée politique. Ici, cela revient à figer les asymétries de genre dans l'ordre des évidences. C'est un ressort qui dépolitise les rapports de genre. Si la question devient biologique, le débat se clôt car si la nature est supposée tout expliquer, penser la transformation sociale est inutile et illusoire. Le progrès social ne serait pas dans la critique des rapports de genre face à une norme naturelle imposée mais dans une acceptation de celle-ci. Le patriarcat est une construction historique et sociale qui exploite la biologie genrée pour instaurer un régime de domination. Or ce type d'argument le requalifie implicitement, en faisant glisser l'analyse du social vers le biologique.

Dans cette perspective, il n’y aurait rien à transformer : la biologie serait plus déterminante que les constructions idéologiques ou sociales. Ce déplacement masque la dimension politique du problème : puisque le biologique est présenté comme supérieur au social, cela normalise l’ordre existant tout en lui donnant une apparence scientifique. Or, la causalité mobilisée est spéculative. Cette approche donne l’impression de mobiliser des savoirs biologiques ou psychologiques, alors qu’elle instrumentalise des notions politiques comme “patriarcat” ou “révolutionnaire” en les vidant de leur portée critique. Ce qui relève de la nature et du fait biologique serait objectivement indiscutable. Ce qu'on nomme patriarcat serait en fait, implicitement et par extrapolation, l'expression d'une adaptation biologique. Comme une sorte de normalisation des comportements sexuels, cette optimisation relationnelle favoriserait l'attachement émotionnel et permettrait une meilleure collaboration au sein des couples pérennes. Cette approche tend à se présenter comme rationnelle et difficilement contestable.

La métaphore du “bagage émotionnel” réduit un vécu complexe à un objet, produisant une notion floue et difficile à utiliser pour analyser les relations sociales. Cette objectivation masque le caractère normatif de l’argument : ce qui est présenté comme un constat biologique relève en réalité d’une évaluation morale implicite. Selon les individus et leur histoire, ce « bagage émotionnel » peut au contraire constituer une ressource relationnelle. Le discours biologisant transforme un vécu abstrait en quelque chose d’encombrant ou limitant, comme si toute expérience affective était un handicap. Cette analogie mélange registres psychologique, social et biologique pour naturaliser un phénomène dont l’impact empirique reste discutable : rien ne prouve que l’expérience affective entrave la co-construction relationnelle.

9/ Le sexe devient sacré quand il est rare, choisi et aligné. Le reste n'est pas transgressif. C'est juste très coûteux à long terme.

Le sexe qui devient "sacré" lorsqu’il est rare et choisi relève d’une position morale, non d’un constat empirique. La rareté n’est pas universellement synonyme de valeur. Certaines personnes trouvent plus de sens et de plaisir dans des relations régulières et choisies que dans un moment exceptionnel présenté comme "sacré"

De la même manière, l’idée que le sexe "coûterait cher" à long terme repose sur un raisonnement moral plutôt que sur des preuves. Ce type d’argument fonctionne comme un mécanisme de moralisation : il prescrit un idéal et dévalorise d’autres pratiques sexuelles, naturalisant implicitement une norme sociale. Moraliser la sexualité ne la rend ni universelle ni obligatoire. S’écarter de cette morale n’est ni coûteux ni transgressif : c’est simplement l’expression d’une éthique individuelle.

10/ Un fait scientifique ne devient pas patriarcal parce qu'il dérange. Sinon, la gravité serait aussi une oppression quand elle te fait tomber.

L’analogie entre patriarcat et gravité relève surtout d’une rhétorique simplificatrice. Dire qu’un fait n’est pas faux parce qu’il dérange est une évidence, mais encore faut-il que les données soient solides et correctement interprétées, ce qui n’est pas toujours le cas.

Un fait scientifique n’est pas patriarcal par nature. En revanche, son interprétation ou sa mobilisation peuvent le devenir lorsqu’elles servent à justifier des inégalités ou des normes sexistes. Ce qui pose problème ici, c’est surtout le cadrage : mettre sur le même plan un fait social réformable et un phénomène physique inexorable, ce sont deux registres très différents.

L’analogie peut fonctionner rhétoriquement, mais elle ne dit rien du lien entre science et patriarcat. Elle repose sur des éléments difficilement comparables : c’est donc méthodologiquement fragile, conceptuellement discutable, et c’est probablement ça, au fond, qui dérange.

11/ La biologie se fout des slogans féministes.

Dire que « la biologie se fout des slogans féministes » n’établit aucun lien démonstratif : c’est un effet de manche, pas un argument[[7]].

12/ Le corps féminin n'est pas un terrain neutre. Il mérite protection, respect et intention.

Quant à l’idée que le corps féminin « mérite protection, respect et intention », elle apparaît ambivalente. Le corps des femmes constitue effectivement un enjeu politique important, traversé par des rapports de pouvoir patriarcaux et capitalistes. À travers la marchandisation des corps, les normes esthétiques ou encore le contrôle reproductif, on observe comment logiques patriarcales et intérêts économiques peuvent se renforcer mutuellement.

Cette dimension symbolique se manifeste notamment dans les jugements sociaux liés à la respectabilité ou à la « réputation » sexuelle, qui pèsent encore fortement sur les femmes. Leur expérience sexuelle peut être perçue comme une perte de valeur, à l’inverse de l’expérience professionnelle généralement valorisée. Cela pose la question de ce qui est réellement protégé : la sécurité et l’autonomie des femmes, ou un capital symbolique associé à des normes de « pureté », comparable à la valorisation du « neuf » dans certains biens où l’absence d’usage est implicitement valorisée.

On retrouve ici une rhétorique de la « pureté » qui tend à présenter l’expérience sexuelle féminine comme une forme d’usure symbolique. L’invocation de la protection peut ainsi contribuer à encadrer davantage les comportements féminins sans toujours intégrer pleinement le point de vue des premières concernées. L’usage fréquent de métaphores territoriales ou protectrices tend aussi à objectiver le corps des femmes, parfois implicitement pensé comme un espace à préserver ou administrer plutôt que comme un sujet autonome. Le corps des femmes n’est pas seulement un territoire à protéger : il est aussi un lieu d’expérience, d’autonomie et de subjectivation politique.

Enfin, parler du « corps féminin » comme d’un bloc homogène tend à gommer les différences sociales. Genre, race, orientation sexuelle, handicap ou classe modifient profondément les expériences corporelles. Cette généralisation tend à invisibiliser ces expériences différenciées, que l’approche intersectionnelle cherche précisément à rendre visibles.

Synthèse

L’ensemble des affirmations défend l’idée que la sexualité féminine serait biologiquement déterminée et devrait idéalement rester limitée, stable et orientée vers des relations durables. Multiplier les partenaires sexuels serait présenté comme nuisible — psychologiquement, affectivement voire neurologiquement — et incompatible avec un attachement profond, une bonne estime de soi ou une construction relationnelle stable.

Cette position mobilise fréquemment un registre biologisant ou neuroscientifique pour naturaliser des normes sexuelles traditionnelles, en suggérant que ces dernières ne relèveraient pas d’une morale ou d’un cadre social, mais de mécanismes biologiques objectifs. Le recours à la biologie permet ainsi de présenter ces normes comme difficiles à contester politiquement, tout en rejetant les critiques féministes comme idéologiques ou déconnectées du réel.

Enfin, cette thèse valorise implicitement une conception du corps féminin comme ressource à préserver — symboliquement et sexuellement — au nom de sa valeur sociale, relationnelle ou reproductive, ce qui tend à légitimer une régulation accrue de la sexualité féminine au nom de la protection, de la stabilité relationnelle ou de l’ordre social.

Si le terme « bodycount » n'est pas employé, c'est bien une définition de sa portée symbolique qui se déploie au fil de cette liste. Ces affirmations relèvent moins d’un consensus scientifique que d’interprétations normatives mêlant biologie simplifiée, psychologie populaire et valeurs culturelles. La recherche souligne plutôt la diversité des trajectoires affectives et sexuelles : les effets dépendent du contexte, des individus, de la culture et du sens donné aux expériences. On observe des phénomènes sociaux, relationnels et subjectifs complexes, difficilement compatibles avec une grille morale stricte. L’ensemble forme un condensé d’éléments de langage sexistes. Il tend à pathologiser l'autonomie sexuelle féminine associée à des autonomies vis-à-vis des normes de genre dominantes. Les sexualités queer ne sont pas évoquées et tout est dit au prisme d'un regard masculin hétéronormé occidental. L’ensemble relève davantage d’un registre normatif et idéologique que d’un consensus scientifique stabilisé ou d’une littérature de développement personnel fondée empiriquement.

Tableau synthétique des biais dans les 12 maximes

# Maxime (abrégée) Biais principal Exemples dans la maxime Effet sur le discours
1 Plein de partenaires = neurotoxique Biologisation / moralisation « Neurotoxique » Présente la sexualité féminine comme dangereuse et pathologique, naturalise un jugement moral
2 Sexe = mécanismes d’attachement Biologisation, Essentialisation genrée « Chez la femme », « ocytocine » Pathologise le comportement féminin, réduit la complexité des relations à des mécanismes biologiques
3 Nouveau partenaire = désensibilisation du système d’attachement Surinterprétation corrélation-causalité « Répété trop souvent » Transforme une hypothèse non démontrée en conséquence universelle
4 Plus de partenaires = moins de lien stable Surinterprétation + double standard sexuel « Difficultés à créer un lien stable » Lien moral implicite, renforce le jugement sur la sexualité féminine
5 Coups d’un soir = évitement affectif Normatif déguisé en scientifique « Hyper-indépendance affective » Présente des choix sexuels comme pathologiques, justifie la moralisation
6 Nombre de partenaires = dépendance au regard extérieur Surinterprétation + double standard « Besoin de validation augmente » Pathologise l’autonomie sexuelle féminine, confond contexte social et causalité
7 Confusion désir/attention = adaptation défensive Biologisation, Normatif « Adaptation défensive du système nerveux » Délégitime certaines formes d’empowerment féminin sous couvert de science
8 Biologie révolutionnaire vs patriarcat Biologisation, naturalisation « Moins de bagage émotionnel = co-construire » Dépolitise le patriarcat, légitime l’ordre social comme naturel
9 Sexe sacré = rare et choisi Normatif moral « Coûteux à long terme » Impose une norme morale implicite, dévalorise d’autres pratiques sexuelles
10 Fait scientifique ≠ patriarcat Analogique, simplification « Gravité = oppression » Compare des phénomènes incommensurables, masque les biais dans l’interprétation scientifique
11 Biologie se fout des slogans féministes Effet de manche, Normatif implicite « La biologie se fout… » Délégitime toute critique féministe en opposant science et idéologie
12 Corps féminin mérite protection Essentialisation, Normatif « Mérite protection, respect et intention » Réifie le corps féminin, légitime un contrôle social sous couvert de protection

[[1]]: « "Neurotoxicity" is the capacity of chemical, biologic, or physical agents to cause adverse functional or structural change in the nervous system. We use the term "environmental neurotoxicity" to refer broadly to adverse neural responses to exposures to all external, extragenetic factors (e.g., occupational exposures, lifestyle factors, and exposures to pharmaceuticals, foods, and radiation); it does not refer merely to the toxic effects of chemicals that are present in the environment as contaminants of air, water, and soil. » | « La "Neurotoxicité" est la capacité des agents chimiques, biologiques ou physiques à provoquer des modifications fonctionnelles ou structurelles défavorables dans le système nerveux. On utilise le terme « neurotoxicité environnementale » pour désigner de manière générale les réponses neuronales défavorables à l’exposition à tous les facteurs externes et extragénétiques (par exemple, les expositions professionnelles, les facteurs liés au mode de vie, et les expositions aux médicaments, aux aliments ou aux radiations) ; cela ne se limite pas aux effets toxiques des substances chimiques présentes dans l’environnement en tant que contaminants de l’air, de l’eau ou du sol. ». Risk, National Research Council (US) Committee on Neurotoxicology and Models for Assessing. 1992. « Introduction: Defining the Problem of Neurotoxicity ». In Environmental Neurotoxicology, National Academies Press (US). https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK234243/.

[[2]]:Freund-Mercier, Marie-José. 2022. « Comment, au fil du temps, l’ocytocine est devenue l’hormone de l’attachement ». Biologie Aujourd’hui 216(3‑4): 113‑23. doi:10.1051/jbio/2022014.
« L’ocytocine : l’hormone de l’amour ou simple mythe ? | CNRS Biologie ». 2025.

[[3]]: « Scientisme (nom masculin) : attitude consistant à considérer que toute connaissance ne peut être atteinte que par les sciences, particulièrement les sciences physico‑chimiques, et à attendre d’elles la solution des problèmes humains », ce terme du début du XXᵉ siècle porte l’idée de « foi dans la toute‑puissance des sciences "dures" » . CNRTL

[[4]]: « Testing Common Theories on the Relationship Between Premarital Sex and Marital Stability ». Institute for Family Studies. | Si ce texte propose une corrélation statistique entre nombre de partenaires prénuptiaux et risque de divorce, il ne démontre pas de causalité et est de plus issu d'un think tank conservateur étatsunien.

[[5]]: Brown, Susan L., Laura Ann Sanchez, Steven L. Nock, et James D. Wright. 2006. « Links between premarital cohabitation and subsequent marital quality, stability, and divorce: A comparison of covenant versus standard marriages ». Social Science Research 35(2): 454‑70. doi:10.1016/j.ssresearch.2006.03.001.| Après contrôle socio-démographique, l’effet négatif de la cohabitation ou sexualité prénuptiale devient non significatif.

[[6]]: Volontè, Luca. 2023. « L'abstinence pré-maritale renforce l'amour et la stabilité du couple! » IFN. | Un texte qui démontre que dans un contexte culturel religieux, la satisfaction conjugale déclarée est plus élevée dans le cas de couples n'ayant eu qu'un partenaire.

[[7]]:« Karamazov... Aucun lien je suis fils unique. ». Les nuls. 1994. « La citée de la peur ».